|
TS'IEN, Se-ma.
(1967). Les Mémoires Historiques de Se-ma Ts'ien. Traduits et annotés
para Édouard Chavannes. Paris. Librairie d'Amérique et d'Orient
Adrien-Maisonneuve. Pàg.3-22.
ANNALES
PRINCIPALES DES TROIS SOUVERAINS
PAR
SE-MA TCHENG
T'ai-hao P'ao-hi
avait pour nom de clan Fong. "Succédant à Soeijen ,
il continua le Ciel et régna.
[Sa mère s'appelait Hoa-siu ; elle marcha dans les empreintes de
pas d'un géante auprès du marais de Lei et c'est à
la suite de cela qu'elle enfanta P'ao-hi à Tch'eng-ki s: Il avait
un corps de serpent et une tète d'hommes.]
Il eut une vertu sainte.
[Levant la tête, il contempla les figures qui se trouvent dans le
ciel; baissant la tète, il contempla les formes qui sont sur la
terre. - Autour de lui il contempla les bigarrures des oiseaux et des
animaux, ainsi que ce qui convient au sol. - Au près, il prit en
considération toutes les parties de son corps ; au loin, il prit
en considération tous les êtres. Il fut le premier à
tracer les huit trigrammes grâce auxquels il pénétra
l'efficace des esprits divins et grâce auxquels il sépara
par classes les natures des êtres.]
Il inventa les textes écrits pour remplacer l'institution des cordes
nouées.
Puis le premier il régla le mariage de la femme et celui de l'homme
et du don des deux peaux de bêtes il fit un rite.
[Il tressa des filets et des rets pour enseigner la chasse et la pêche)
et c'est pourquoi on l'appela Fou-hi. Il éleva des animaux domestiques
pour la cuisine et c'est pourquoi on l'appela P'ao-hi.
Il eut le présage favorable d'un dragon; il appela les fonctionnaires
de noms de dragons en leur donnant le titre d'officiers-dragons .
Il fit un luth de trente-cinq cordes.
Il régna par la vertu du bois. Il dirigea son attention sur les
ordonnances du printemps ; c'est pourquoi le Livre des Changements$ dit
" L'empereur apparaît au signe Tchen" ; et le Livre des
Ordonnances mensuelles, à l'article du premier mois du printemps,
dit: "L'empereur qui y préside est Tai-hao. " C'est exact.
Il eut sa capitale à Tch'en.
Il alla dans l'est accomplir la cérémonie fong sur le T'ai-chan.
Il fut au pouvoir onze années, puis mourut.
Lors de la période Tch'oen-ts'ieou, on comptait parmi ses descendants
(les princes de) Jen, Sou, Siu-kiu et Tchoan-yu, qui tous étaient
issus du clan Fong.
Niu-koa appartenait aussi au clan Fong; il avait un corps de serpént
et une tête d'homme. Il eut une vertu divine et sainte. Il eut le
pouvoir à la place de Fou-hi. Il prit l'appellation de Niu-hi.
Il ne changea ni n'inventa rien; il fit seulement les tuyaux de l'instrument
de musique appelé cheng. Le Livre des Changements ne parle donc
pas de lui. Il ne cadre pas avec le cycle quinaire.
Une autre tradition dit que Niu-koa régna aussi par la vertu du
bois; il était en effet le descendant de Fou-hi et, comme plusieurs
générations s'étaient écoulées entre
eux deux, le métal, puis le bois avaient réapparu à
leur tour; le cycle était terminé et recommençait
de nouveau. Cette tradition loue spécialement Niu-koa à
cause de ses grande mérites et le met au rang des trois souverains;
il y aurait donc eu deux rois qui possédèrent la vertu du
boisa.
Dans les dernières années de Niu-koa, il y eut, parmi les
seigneurs, Kong-kong; se fiant sur son savoir et sur les châtiments,
il se fit obéir par la violence, mais il ne fut pas roi légitime,
car c'était par l'eau qu'il succédait au bois. Il combattit
avec Tchou-yong; il ne fut pas vainqueur; [dans sa colère, il se
précipita la tête la première contre la montagne Pou-tcheou
et la fit tomber. La colonne du ciel se rompit et les côtés
de la terre se brisèrent.] [Niu-koa fondit alors des pierres de
cinq couleurs 1 afin de soutenir le ciel; il coupa les pattes d'une. tortue
marine afin de supporter les quatre extrémités de la terre.)
Il rassembla de la cendre de roseau pour arrêter les eaux débordées
et pour rétablir l'ordre dans la province de Ki.
Puis, la terre étant calme et le ciel affermi, il ne changea plus
l'ancien ordre de choses.
Après la mort de Niu-koa, Chen-nong exerça le pouvoir. Yen-ti
Chen-nong était du clan Kiang. Sa mère s'appelait Niu-teng.
Il arriva qu'une fille de Koa, étant devenue concubine de Chao-tien,
fut émue par un dragon divin et enfanta Yen-ti. Il avait le corps
d'un homme et la tète d'un buf. Il grandit au bord de la
rivière Kiang 1 et c'est de là que lui vint son nom de clan.
Il régna par la vertu du feu ; c'est pourquoi on l'appela Yen-ti.
Il nomma ses officiers d'après le feu.
[Il tailla une pièce de bois pour en faire un soc; il courba une
pièce de bois pour en faire la flèche d'une charrue. L'usage
de la charrue et de la houe fut enseigné par lui à la foule
des hommes.] Il fut le premier qui enseigna le labourage. C'est pourquoi
il reçut le titre de Chen-nong. Puis il institua le sacrifice de
la fin de l'année s. Il frappait avec un fouet rouge les herbes
et les arbres. Le premier il éprouva les cent espèces de
plantes et le premier il trouva les drogues qui guérissent.
Il fit en outre un luth à cinq cordes.
[Il enseigna aux hommes à tenir le marché au milieu du jour
et, une fois les échanges faits, à se retirer; chacun obtint
de la sorte ce dont il avait besoin].
Ensuite il multiplia les huit trigrammes et en lit les soixante-quatre
hexagrammes.
Il commença par avoir sa capitale à Tch'en, puis il résida
à K'iu-feou. Il mourut après avoir été au
pouvoir cent vingt années. Il fut enterré à Tch'ang-cha.
Chen-nong vint d'abord de la montagne Lié s. C'est pourquoi Tso
dit ha Le fils de Lié-chan s'appela Tchou. " On l'appelle
aussi Li-chan et c'est ainsi que les Rites' disent : a Li-chan eut l'empire.
" Chen-nong prit une fille de la famille Pen-choei, qui s'appelait
T'ingpa et en fit sa femme. Il en eut un fils qui fut l'empereur Ngai
; Ngai engendra l'empereur K'o; K'o engendra l'empereur Yu-wang. En tout
il se passa huit générations et cinq cent trente années
et alors Hienyuen arriva au pouvoir.
Parmi ses descendants il y eut Tcheou, Fou, Kan, Hiu, Hi, Lou, Ts'i, Ki,
I, Hiang, Chen, Lu, qui tous étaient issus du clan Kiang.
Ils furent tous seigneurs; quelques-uns d'entre eux furent envoyés
pour gouverner les quatre montagnes. Au temps de la dynastie Tcheou, le
marquis de Fou et le comte de Chen furent les sages conseillers du rois.
Ts'i et Hiu furent des seigneurs autonomes; ils fournirent un hégémon
au royaume du milieu .
Comme la vertu de l'homme saint t avait été abondante, étendue
et grande, sa fortune et sa postérité furent florissantes
et durèrent longtemps.
Une autre tradition explique les trois souverains en disant que les souverains
du ciel, les souverains de la terre et les souverains de l'homme sont
les trois souverains. C'est donc l'époque primitive où le
ciel et la terre se séparèrent et où pour la première
fois il y eut des princes et des sujets. Ce que rapporte l'Appendice au
Tableau , on ne peut le rejeter en bloc; c'est pourquoi je mentionne cette
tradition à la suite de la précédente.
Lorsque le ciel et la terre furent constitués pour la première
fois, il y eut les souverains du ciel qui comptèrent douze représentants.
Calmes et immuables, ils ne se livraient à aucune action et les
moeurs se perfectionnaient d'elles-mêmes. Ils régnaient par
la vertu du bois. Le calcul des années se faisait au moyen de la
constellation Ché-t'i. Ils étaient douze frères qui
régnèrent chacun dix-huit mille années.
Les souverains de la terre comptèrent onze représentants.
Ils régnèrent par la vertu du feu. Ils furent onze membres
de la même famille. Ils furent florissants auprès des montagnes
Hiong-eul et Longmen. Chacun d'eux aussi régna dix-huit mille années.
Lés neuf souverains de l'hommes, montés sur des chars de
nuages attelés de six êtres ailés, sortirent de Kou-k'eou.
Ils étaient neuf frères qui se divisèrent le. commandement
des neuf provinces a. Chacun: d'eux éleva une ville murée.
En tout ils régnèrent pendant cent cinquante. générations,
soit quarante-cinq mille six cents années.
Après les souverains de l'homme, il y eut les cinq Dragons s, puis
Soei-jen, Ta-t'ing, Po-hoang, Tchong -yang, Kiuen-siu, Li-sou, Lilien,
Ho-siu, Ts'oen-lou, Hoen-toen , Hao -yng, Yeou-tch'ao, Tchousiang, Ko-t'ien,
Yn-k'ang, Ou-hoai. Ce sont là les noms de ceux qui, après
les trois souverains, eurent l'empire. Cependant, comme les monuments
écrits ne le rappellent pas, on ne sait pas la durée des
règnes de ces familles, ni leurs généalogies, ni
le lieu où elles eurent leur capitale.
Cependant les Poésies de Han estiment que depuis l'antiquité
ceux qui firent la cérémonie fong sur le T'ai-chan et la
cérémonie chan sur le mont Leang-foui furent au nombre de
plus de dix mille personnes. Tchong-ni vit ce témoignage, mais
ne put les connaître tous. Koan-tse de son côté dit
: " Autrefois, il y eut soixante-douze personnes qui firent la cérémonie
fong sur le T'ai-chan. Ceux que moi, I-ou, je connais, sont au nombre
de douze, " En tète de sa liste, il y a Ou-hoai. Mais avant
Ou-hoai et après les souverains du ciel, le calcul des années
est illimité et insondable.
Comment les souverains et les rois s'élevaient et comment ils l'annonçaient,
c'est ce que les anciens écrits ont perdu et on ne saurait le bien
exposer. Est-ce à dire toutefois qu'il n'y eut ni empereurs ni
rois ?
Or un appendice du Tch'oen ts'ieou dit : a Depuis la grande séparationt
jusqu'à la prise du lin', il y eut en tout trois millions deux
cent soixante-seize mille années ; elles se divisent en dix périodes
appelées ki qui, réunies, comprennent les années
de soixante-dix mille six cents générations . La première
de ces périodes s'appelle la période des neuf têtes;
la seconde s'appelle la période des cinq dragons ; la troisième
s'appelle la période Ché-t'i ; la quatrième s'appelle
la période Ho-ngo ; la cinquième s'appelle la période
Lien-t'ong; la sixième s'appelle la période Siu-ming; la
septième s'appelle la période Sieou-fei; la huitième
s'appelle la période Hoei-t'i; la neuvième s'appelle la
période Chan-t'ong; la dixième s'appelle la période
Lieou-ki."
Or la période Lieou-ki doit correspondre à l'époque
de Hoang-ti. J'ai déterminé l'intervalle compris dans les
neuf autres périodes et c'est ainsi que j'ai fait des Annales supplémentaires
en rédigeant ici cet expose.
|