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L'art
au XVIIIe siècle
WATTEAU

Watteau.
Le pèlerinage à l'île de Cythère 
H. 129; L. 194. Paris, Musée du Louvre (Inv. 8325) (1717)
L'île de Cythère, au Sud du Péloponèse, était consacrée à Vénus,
surnommée Cythérée à cause du culte célèbre qu'on lui rendait dans cette
île.Dans la langue poétique, Cythère est devenue la patrie allégorique
des Amours. "Faire le voyage de Cythère" est une sorte d'euphémisme
qui signifie se livrer aux plaisirs de l'amour.
Embarquement pour Cythère ou départ pour Cythère ? La question
reste ouverte pour une partie de la critique. Rappelons que Watteau est
le contemporain de Marivaux, de quatre ans plus jeune.
"Et voici l'audace suprême que Rodin admirait : Watteau essaie
de rendre avec la simultanéité des choses peintes la progression de
l'action dramatique. L'embarquement pour Cythère, pris d'une
comédie de Dancourt (1700) montre de droite à gauche la succession des
épisodes du pèlerinage d'Amour, avec le même couple de pèlerins, depuis
le cruel refus, la douce résistance, l'hésitation, la décision du départ
jusqu'à…ne disons pas l'arrivée, car le peintre comme le théâtre
s'arrête au moment même de l'embarquement devant les lointains bleus de
l'espérance."
(René Schneider, L'Art français XVIIIe siècle (1690-1789),
Paris, Henri Laurens, 1940, p. 14)
Watteau,
Pierrot, dit autrefois Gilles 
H.184,5; L.149,5
. (Paris, Musée du Louvre (M.I.1121)
"De toutes les images de Watteau, c'est celle qui a le plus
inspiré poètes et écrivains, photographes et cinéastes (Les Enfants
du Paradis), sans oublier de nombreux bals costumés et surtout les
peintres"
(Margaret
Morgan Grasselli; Pierre Rosenberg, Watteau, Paris, Editions de
la Réunion des musées nationaux, 1984, p. 430)
"On peut le définir d'un mot : mélange inéffable de réalité
et de rêve. L'inspiration ? Presque toujours elle lui vient du théâtre
: sujets et types de la Comédie française, surtout de la Comédie italienne,
dont la folle fantaisie favorise son intime besoin d'évasion…Mais dans
ces fantoches populaires il fait palpiter, aimer et souffrir le cœur
humain."
(René
Schneider, L'Art Français XVIIIe siècle (1690-1789), Paris, Henri
Laurens, 1940, p. 38-39)
"Si le théâtre attire Watteau c'est d'abord par sa qualité
de rêve…Et lorsque Watteau isole un comédien, tel un mezzetin, tel un
Gilles, c'est encore pour présenter un état d'âme…Il pourrait donc
s'agir d'un portrait en forme d'enseigne mais l'idéalisation du personnage
est si évidente que son iconographie réelle importe finalement peu. Mieux
qu'un Gilles saluant à l'issu de la représentation, Watteau a peint l'état
d'âme d'un homme qui serait Gilles…d'un homme capable de s'installer dans
le monde réel, et qui trahit son désarroi dans ses deux bras serrés maldroitement
sur son costume éclatant."
(J.
Thuillier, A. Châtelet, La peinture française, Genève, Skira, 1964,
II, p. 164)
BOUCHER
Boucher,
Hercule et Omphale 
H. 90; L. 74. Moscou. Musée Pouchkine (inv. 2764)
"Boucher eut toujours la réputation d'un peintre d'érotisme…pourtant
il peignit rarement des sujets franchement sensuels, au point que Diderot
et Grimm reprochaient à ses scènes pastorales de n'être pas assez explicites.
Quant à ses peintures mythologiques, elles ne s'écartaient pas des conventions
bien définies de ce genre.
Boucher fait tenir par un amour la quenouille et le fuseau traditionnellement
placés dans les mains d'Hercule, laissant le héros…donner cours à sa violente
passion. Boucher se contente toutefois d'indiquer par le geste convenu
des "jambes croisées" la réalité physique de cette passion.
Le sujet appartient bien à la mythologie classique, mais la facture,
très frappante, et sa fougueuse intensité éloignent complètement Hercule
et Omphale des premières versions de Vénus et Adonis
ou de Séléné et Endymion"
(Ph. de Montebello; A. Laing; J. Patrice Marandel, P. Rosenberg,
Boucher, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1986,
p. 128)
Boucher,
Le déjeuner 
H. 81,5; L. 65,5. Paris, Musée du Louvre (R. F. 926) (1739)
"L'impression laissée par une famille dans son intimité,
à un des moments de la journée pleins de décontraction, est traduite par
le regard de l'enfant qu'on fait manger et qui fixe le spectateur, presque
comme s'il s'agissait d'un instantané photographique et non du travail
laborieux du peintre.. Cette sensation d'image photographique est renforcée
par la multitude de détails que le pinceau de l'artiste s'est attaché
à saisir : le «bourlet» porté par le jeune enfant de droite qui le protège
des coups; sa petite poupée…; la cafetière en argent renflée au bec élevé…que
tient l'homme, la théière et le magot placés sur l'étagère derrière lui…
Mais par-dessus tout, ce tableau est l'évocation d'un intérieur rococo
à la mode…aucun autre tableau ne nous donne une description aussi
frappante de la vie à Paris dans un intérieur moderne –sinon la dernière
mode - de cette époque."
(Ph. de Montebello; A. Laing; J. Patrice Marandel, P. Rosenberg,
Boucher, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1986,
p. 185)
Boucher,
Dame attachant sa jarretière, et sa servante 
H. 52,5; L. 66,5. Lugano, collection Thyssen-Bornemisza. (1742)
"L'on croit sentir le bonheur du peintre à montrer dans tout
son élégant désordre le boudoir d'une jeune femme à la mode à sa toilette.
L'Extrême-Orient est partout en évidence : dans le tissu des feuilles
du paravent… et de l'écran…; dans le service à thé et la cassolette posée
sur la cheminée. Même le charmant petit chat folâtre se retrouve dans
le dessus-de-porte de chinoiserie en camaïeu bleu du Thé à la chinoise,
daté de la même année.
On renonce difficilement à voir dans la jeune femme du tableau
un portrait, même s'il ne peut s'agir de Mme Boucher."
(Ph.
de Montebello; A. Laing; J. Patrice Marandel, P. Rosenberg, Boucher,
Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1986, p. 198, 200)
Boucher,
Le moulin de Quiquengrogne à Charenton 
H. 113; L. 146. Toledo, The Toledo Museum of Art (54.18) (1758)
"Le moulin de Charenton est l'un des premiers motifs pittoresques
des environs de Paris dont se soient emparés les artistes français du
XVIIIe siècle, lorsqu'ils commencèrent à porter leur attention sur des
sites locaux pour trouver l'inspiration de leurs paysages…Qu'était
au juste ce moulin pour devenir un thème favori des artistes ?
Ce qui singularise le tableau de Toledo et lui confère sa qualité
propre, c'est qu'il s'agit manifestement d'un caprice, d'une idylle impossible
alliant le pittoresque de la decrépitude au plaisir imaginé de l'existence
rurale"
(Ph. de Montebello; A. Laing; J. Patrice Marandel, P. Rosenberg,
Boucher, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1986,
p. 282, 285)
FRAGONARD
Fragonard,
Les baigneuses 
Paris, Musée du Louvre. (1767)
" In The Bathers the association of woman and nature
is established not by symbolic objects but by abstract formal elements
: composition, design, brushwork…The eroticism of these nymphs is immediately
apparent, and it is emphasized by their vitality; theirs is a sexual energy
tied to the life forces of nature. It is not only that the figures are
integrated into nature by their position within the composition, but they
repeat nature's rhythms, shapes, textures and colors. It is apparent,
for example, that the overarching arms of the most prominent bather are
analogous to the tree branches above, and that her flowing drapery is
marked with the same kind of long fluid strokes that articulate the nearby
reeds."
(Mary D. Sheriff, Fragonard. Art and Eroticism, the University
of Chicago Press, Chicago and London, 1990, p. 113;115)
Fragonard,
Le verrou 
H. 73; L. 93. Paris, Musée du Louvre. (1778-80)
"Beau désordre there is analogous to erotic négligence
where a suggestive but delicate indecency of pose or dress disguises itself
as inattention. Such négligence was represented by novelists
and playwrights throughout the eighteenth century. For example,
the hero in Lamorlière's 1746 play Angola, histoire indienne ouvrage
sans vraisemblance describes how is beloved received him in a fetching
posture : she lounged carelessly, her coy dishabille allowing him to see
some of her charms while increasing desire by hiding the others…
in Fragonard's The Lock a chair has been knocked over, and
a piece of drapery (an article of clothing ?), once thrown thoughtlessly
over its back now lies on the floor atop it. At the other end of the table
a small overturned jug rests on a wad of fabric flung in a heap on the
table top. This disorder is artful because the placement and direction
of each object has been calculated in terms of the painting's compositional
dynamic."
(Mary D. Sheriff, Fragonard. Art and Eroticism, the University
of Chicago Press, Chicago and London, 1990, p. 129;131)
Fragonard,
L'instant désiré ou Les amants heureux 
H. 49,5. L. 60,5. Suisse, collection privée.
"La composition a sa source dans la mythologie antique, chez
Rubens, dans la Vénus et Adonis de Titien de la National Gallery
de Londres : mais Fragonard gomme ces références auxquelles nous le savons
pourtant sensible, au profit de la simple réalité, une réalité brûlante,
sensuelle sans doute, mais franche, sans équivoque et sans sensiblerie…
Dans cette description de l'amour physique, rien du cynisme et de
la perversion de Laclos…"
(Pierre Rosenberg, Fragonard, Paris, Editions de la Réunion
des musées nationaux, 1987, p. 311; 312)
Fragonard,
La bonne mère 
H. 49; L. 39. Suisse, collection privée.
"L'œuvre, restaurée pour l'exposition, est le parfait exemple
de ces scènes de la vie familiale qui constituent un aspect
essentiel de l'activité artistique de Fragonard. Une mère s'apprête à
laver le visage de sa fillette. Un garçonnet se cache pudiquement derrière
un grand chapeau et verse de l'eau dans un plat. Sur la droite, dans un
grand berceau, un bébé dort. Un gros chat blanc se frotte amoureusement
contre le cou de la bonne mère, auréolée d'un coquet bonnet blanc."
(Pierre Rosenberg,
Fragonard, Paris, Editions de la Réunion des musées nationaux,
1987, p. 336)
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