
La communauté des technologies de l'information et de la communication a perdu un de ses éminents membres. Le 5 mars 2009, à l'apogée de sa carrière professionnelle, Amy Mahan est emportée par un cancer à l'âge de 47 ans. Le parcours d'Amy Mahan a été marqué par son engagement à faire de la recherche-ac tion, et de sa dissémination efficace en vue d'améliorer les facultés de communication des personnes défavorisées, un fondement du développement social et humain. Une large part de son travail a porté sur la réforme des télécommunications et sur les politiques en matière de technologies de l'information et de la communication (TIC), avec une attention particulière portée à la situation des pays en voie de développement.
Bien qu'étant une chercheuse productive, Amy a fait le choix de consacrer une large part de son activité à faire bénéficier les autres de ses aptitudes exceptionnelles en matière de soutien à la recherche, de coordination d'ouvrages et de réalisation de rapports. Elle savait, en effet, concilier avec un talent rare les contraintes de la production technique et celles liées à l'édition de contenus importants, afin d'optimiser la transmission des résultats de recherche. Elle était fermement convaincue que le maillon faible du processus de recherche portait sur la dissémination des résultats de recherche, c'est pourquoi, partout où elle a œuvré, elle s'est efforcée de faire preuve d'imagination et d'esprit d'innovation afin de pallier cette lacune. Se voyant comme l'un des membres d'une équipe, elle a toujours privilégié un mode de travail collaboratif.
Pour en savoîr plus: trajectoire professionnelle et internationale
Amy Mahan a assumé la coordination de Lirne.net (Learning Initiatives on Reforms for Network Economies) depuis Montevideo (Uruguay). Elle était par ailleurs membre du Groupe de travail sur la recherche de l'Étude globale sur l'impact de l'accès public aux technologies de l'information et de la communication. Elle était également un membre actif du Dirsi (Diálogo Regional sobre la Sociedad de la Información) et l'une des fondatrices de la Fondation Comunica.
Amy nous a quittés sans prévenir le 5 mars 2009, à l'âge de 47 ans. Elle avait préféré nous préserver en gardant pour elle la maladie dont elle souffrait. C'est à travers ses réflexions, ses écrits et les gens auxquels elle venait en aide qu'elle aspirait à être connue.
"...il y a deux motivations prédominantes pour investir dans la construction d'espaces physiques équipés d'ordinateurs connectés à Internet : 1) parce qu'il existe une pénurie de ressources liées aux TIC à laquelle cet effort permettra de remédier (et même, peut-être, d'en tirer avantage) ; et 2) en raison de la nécessité de développer des ressources communautaires...
La littérature disponible part généralement du principe que la pérennité de ces points/bornes d'accès communautaires revêt une importance particulière. Mais peut-être est-il nécessaire de composer une image plus holistique qui permettrait d'élargir la perspective et d'envisager que, parallèlement, certains points d'accès public sont nécessairement éphémères et fugaces. Dans bien des cas, l'adoption de ces technologies est conditionné par l'impulsion (et l'attrait) exercés par l'introduction des services et applications liés aux TIC - plutôt que par une relation soutenue pour fournir cet accès. La création d'un point d'accès permettant le renforcement des capacités communautaires tient compte dans ses évaluations de l'élargissement de la base de compétences de la communauté. En outre, une entreprise commerciale (ou à but non lucratif) cherchant simplement à combler un vide en matière d'accès devrait être placée dans le contexte de la communauté qu'elle entend servir et dans un contexte de changements relatifs aux indicateurs concernant l'adoption des TIC à l'échelle locale, et ce tout au long de son existence."
Amy Mahan, "Exploitation of Global Taxonomy - the trajectories of public access entities"
Comme c'est souvent le cas en matière d'exclusion sociale (l'exclusion relative au genre en constituant un exemple significatif), le manque de données demeure une contrainte clé pour mesurer les effets positifs et, de manière générale, les progrès enregistrés. Si la conception d'un télécentre ou d'un cybercafé ne prend pas spécialement en compte, en tant que public cible, les femmes et les filles, ou encore les personnes démunies, les handicapés, les personnes âgées, les gens qui ne parlent pas la langue officielle - ou d'autres personnes encore présentant des caractéristiques ou des besoins spécifiques -, il ne sera pas évident de rassembler des indicateurs relatifs à l'accès à ces locaux par ces groupes de population ou à leur utilisation des services liés aux TIC. D'un autre côté, le défi que peut représenter la confrontation simultanée aux TIC et à un lieu public est susceptible de s'avérer insurmontable pour certaines catégories de population marginalisées.
Amy Mahan, "Social exclusion and mapping the connectivity of nonusers."
La première préoccupation d'Amy Mahan portait sur les TIC en tant qu'outils d'inclusion sociale. Autrement dit, sur la manières dont ces technologies sont susceptibles d'aider les femmes et les groupes traditionnellement marginalisés à améliorer leur existence et celle de leur communauté. Amy a toujours manifesté un engagement profond en faveur de la rigueur académique ; elle basait ses prescriptions en matière d'investissements et de politiques sur un apprentissage découlant d'observations et d'analyses de terrain ; en outre, Amy avait compris mieux que personne que la rigueur nécessitait à la fois de la minutie et une bonne compréhension du contexte.
Au moment de sa mort, Amy avait apporté une contribution essentielle aux travaux de recherche et à la conception de deux programmes relatifs à l'usage des TIC pour le développement. En signe de notre profonde gratitude pour son dévouement en tant que chercheuse, pour son courage et son humanisme, nous avons tenu à honorer la mémoire de notre amie et collègue en donnant naissance à deux bourses de recherche qui portent son nom :
Programme de bourses de recherche Amy Mahan pour évaluer l'impact de l'accès public aux TIC et